Tecnologias e memória

 O filósofo francês Michel Serres, na revista Médias, nº 11:

Je vois, dans les nouvelles technologies, une coupure beaucoup plus profonde que toute autre. Quand on prend un peu de recul historique, on est capable de dire : « Ça c’est nouveau, et ça ne l’est pas parce qu’on l’a déjà vu. » Or, les nouvelles technologies constituent une vraie coupure. Pour quelles raisons ? Aujourd’hui, vous m’interviewez, vous utilisez deux techniques : l’enregistrement et la prise de notes. Au Moyen Âge, Albert Le Grand faisait un cours à la Sorbonne. Les étudiants étaient debout les mains dans le dos. Il n’y avait pas de technologies… C’est encore davantage le cas avec Socrate et ses disciples, ou les apôtres de Jésus-Christ qui ne prenaient pas de notes… Pourquoi ? Pour une raison très simple : ils avaient de la mémoire, une mémoire terrible. Il n’y avait pas de livres, il fallait donc qu’ils sachent Homère par cœur et ils le savaient ! Ils étaient capables de réciter un texte à la virgule près. Nous avons besoin aujourd’hui de prendre des notes. Nous avons perdu la mémoire parce qu’elle est passée ailleurs : de la tête à l’objet. J’appelle ça l’externalisation de la mémoire. Avec les nouvelles technologies, votre ordinateur devient votre tête. Du coup, c’est une coupure aussi importante que l’écriture, qui a permis d’inventer l’histoire. C’est donc gigantesque ! Nous sommes passés à un autre temps, qui n’a probablement rien, ou très peu, à voir avec celui qui le précède.

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